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Stéphanie Combe - La Vie - L'hebdomadaire chrétien d'actualiité - publié le 29/03/2012
Le bon vieux tableau noir cède la place au TNI (tableau numérique interactif) AFP Imageforum
EDUCATION Selon Jean-Michel Fourgous, député-maire et auteur d’un rapport sur le sujet, les technologies révolutionnent l’enseignement. Et dessinent de nouveaux enjeux.
Exit le bon vieux tableau noir, les craies blanches et de couleur… la révolution technologique s’implante à l’école, et ce n’est que le début ! En s’appuyant sur des supports interactifs – manuels, tableaux, visioconférences… – elle entraîne l’évolution de toute la pédagogie. « L’usage du numérique à l’école valorise la créativité de l’élève, la confiance en soi et l’autonomie », résume Jean-Michel Fourgous, député UMP des Yvelines et maire d’Élancourt, auteur de Réussir à l’école avec le numérique(Odile Jacob). « Les élèves deviennent davantage acteurs de leurs apprentissages. C’est bien connu : on n’apprend pas à faire du vélo en regardant le prof pédaler. »
Après son rapport parlementaire Réussir l’école numérique de février 2010, il remettra le 3 avril un nouveau rapport intitulé Apprendre autrement à l’ère numérique. Il y rappelle la transformation des pratiques pédagogiques par les nouvelles technologies et souligne l’enjeu de la formation des enseignants dans ce domaine. Ce rapport s’appuie notamment sur l’expérience menée depuis dix ans à Élancourt, où 150 classes de primaire, soit la totalité des effectifs, sont équipées de tableaux numériques interactifs (TNI).
“La pédagogie n’est plus magistrale, frontale, elle devient interactive, collaborative”
François Agasse, directeur du Cours du Sacré-Cœur de Caen, a fait ce pari en 2009. Les six classes du primaire et les 12 du secondaire ont été dotées d’un écran tactile en guise de tableau, relié à un ordinateur sans fil ou via un câble USB. Un investissement de 4 000 € par classe, auquel il faut ajouter le coût de la formation des 37 professeurs sur un logiciel dédié. L’intérêt ? « Utiliser tous les médias et ressources d’Internet, comme Google Earth. » Ainsi, les professeurs de langues bénéficient de supports audio ou vidéo. En histoire, les cartes animées montrent la superposition des frontières, les films en 3D reconstituent des sites archéologiques. En maths, l’enseignant peut enregistrer sa séquence et la faire tourner en boucle au tableau, ce qui lui permet de passer dans les rangs. Les exemples se déclinent à l’infini. « On accompagne davantage les élèves, de façon plus individualisée. »
La notion d’évaluation change également. Régulièrement, l’enseignant peut vérifier la compréhension par un QCM auquel répondent instantanément les élèves de façon anonyme. « En un clin d’œil, il sait s’il peut poursuivre ou s’il doit reprendre la notion. On passe ainsi d’une évaluation “sanction”, nominative, à une évaluation plus formative et positive. L’enfant n’a plus peur du regard des autres, ni du jugement du prof. Il reprend confiance en lui. » Si une question se pose, le professeur montre aux élèves sur quel site trouver la réponse ; il cherche avec eux. Son rôle change. « La pédagogie n’est plus magistrale, frontale, elle devient interactive, collaborative », reprend Jean-Michel Fourgous. Et autrement plus efficace. Surtout auprès de cette génération C (pour communication, collaboration, connexion), aussi nommée génération Z, née à partir de 1995, qui a grandi avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. « 70 % des jeunes travaillent en réseau aujourd’hui. »
« Les élèves passent 30 heures à l’école et plus de 30 heures derrière les écrans, explique Jean-Michel Fourgous. Ils apprennent plus en informel – en extrascolaire – qu’en formel, dans la classe. Par le numérique, le prof reprend la main. » Il valorise son métier et retrouve sa légitimité. D’ailleurs, le rapport indique que 98 % des professeurs croient dans les Tice (technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement) aujourd’hui, contre 48 % en 2002.
Grâce à ces nouveaux outils, le professeur valorise son métier et retrouve sa légitimité
Petit à petit, les résistances tombent. Selon l’enquête Opinion Way/Savoir livre du 20 mars, 91 % des parents plébiscitent un équipement minimal en ressources numériques pour chaque classe. Des nouveaux manuels sont actuellement expérimentés au collège. Ils ne se substituent pas pour autant au papier : « Professeurs, parents et chefs d’établissement les voient comme un complément », souligne Pascale Gélébart, directrice de l’association Savoir livre, qui rassemble six éditeurs scolaires. « Les nouvelles technologies boostent l’apprentissage : elles offrent un temps de recherche, de découverte, de stimulation. Le papier, lui, préserve un temps de réflexion, de structuration, un travail de fond. »
Cette évolution a un prix. Le passage au très haut débit nécessiterait un budget de 25 milliards d’euros, le coût du matériel (TNI, ordinateurs, tablettes, e-learning) environ 10 milliards, et la formation des enseignants, 1 milliard. Mais, dans le même temps, le numérique créera 1,5 million d’emplois dans les années à venir. Les tenants de l’école à l’ancienne n’ont plus qu’à passer l’éponge, une dernière fois.
L’équipement en France : « peut mieux faire ! »
• 20 000 élèves utilisent les manuels numériques en France à la rentrée 2011. • 13 000 tableaux numériques interactifs ont été vendus en France en 2010. • La Grande-Bretagne, pays le plus équipé au monde, compte 400 000 TNI.